Interview.

Redonner l’espoir et la force à notre païs, à notre pays

Pour ouvrir ce numéro spécial des 10 ans de la Région Occitanie, quel message souhaitez-vous adresser aux habitantes et aux habitants en ce début d’année 2026?

Un message simple et direct, comme toujours : je souhaite la santé d’abord pour toutes et tous, et la force de préserver ce lien humain, celui que l’on cultive avec sa famille et ses amis, mais aussi ce lien plus large, qui nous relie comme citoyens d’un même territoire, d’une même région, d’une même nation. Je sais les attentes, je connais les difficultés, mais aussi les espoirs d’une vie meilleure. Si le pays est en difficulté, si le monde peut être inquiétant, je dis à tous les Occitans et Catalans : ayons confiance dans ce que nous réalisons ici chaque jour. Ce lien de proximité, cette volonté de faire ensemble, doit rester notre fil conducteur. Les maîtres mots, ce sont rassembler, concilier, réconcilier, fédérer, unir. Et ils savent qu’ils peuvent compter sur la Région, sur moi, sur les agents et élus qui sont au travail pour continuer d’apporter des solutions et participer, à notre échelle, au redressement du pays qui en a bien besoin.

L’Occitanie s’est fait un nom, sur la carte de France et du monde.

Dix ans après la naissance de la Région Occitanie, avez-vous le sentiment que les habitants se sont approprié ce nouveau territoire ?

Je repense souvent à ce que l’on entendait parfois en 2015, aux doutes sur la possibilité de s’approprier une histoire commune, à la peur de certains territoires d’être trop éloignés, en quelque sorte oubliés par cette « grande région ». Ces craintes, je les ai écoutées avec une immense attention. Voilà pourquoi j’ai dit, sitôt mon élection : « Mon bureau, c’est le terrain ». La Région est incarnée et à l’écoute de tous. Voilà pourquoi elle s’est rapidement ancrée dans les esprits et le quotidien de la population. L’Occitanie s’est fait un nom, sur la carte de France et du monde. Mais elle a surtout une âme, une identité à part dont nous devons collectivement prendre soin. C’est aussi une méthode qui porte ses fruits : la proximité, l’écoute, la prise en compte des spécificités de chaque territoire, le rassemblement des forces vives avec toujours comme cap la recherche de l’intérêt général. Je ne crois pas aux grands mots, ni aux grandes promesses : je crois aux preuves et à la parole donnée. Nous avons encore du travail à faire. J’ai l’énergie intacte pour le mener à bien.

En quelques années, l’échelon régional a pris une dimension importante.
Qu’est-ce qui l’explique selon vous ?

Les Régions, nées en 1982, sont de jeunes collectivités, par rapport aux communes ou aux départements qui ont plusieurs siècles derrière eux, mais leur rôle est en effet devenu déterminant. La Région, c’est le développement économique : soutenir les entreprises pour l’emploi et la production, accompagner l’innovation, défendre la réindustrialisation de nos territoires, faire vivre la formation professionnelle et donc l’emploi. En Occitanie, nous aidons d’abord les TPE et PME mais aussi les grandes filières stratégiques pour préparer l’économie de demain. La Région agit sur des sujets très concrets pour les gens : les lycées, les trains et les cars du quotidien, la transition écologique et énergétique, l’installation et l’accompagnement des agriculteurs. Et dans bien des domaines, notamment pendant la crise sanitaire du COVID, les Régions ont montré leur efficacité en prenant le relais de l’État quand c’était nécessaire. Chacune et chacun le voit, le comprend : l’État ne peut pas tout faire, ne peut plus tout faire et il faut plus de proximité avec les citoyens, pour répondre aux attentes du quotidien et préparer l’avenir. C’est en cela que la Région est le bon échelon : car elle est capable d’agir vite et en même temps de réfléchir, avec les acteurs concernés, à dans dix, quinze ans.

Quelles sont vos priorités pour les années à venir ?

L’emploi, la qualité de vie. Mon cap, c’est une Occitanie qui anticipe, qui protège et qui relie. Anticiper, d’abord, parce que rien n’est jamais acquis. Dans un monde où tout va très vite, nous devons renforcer notre autonomie : produire une énergie propre ici, préparer nos entreprises et notre agriculture aux transitions, investir encore dans l’éducation, la formation et la recherche. C’est ainsi que nous resterons maîtres de notre avenir. Protéger, ensuite. Protéger le pouvoir d’achat, l’accès aux soins, les services publics et nos commerces de proximité. Protéger aussi nos terres, notre eau, notre biodiversité. Et puis relier. Relier, c’est créer du vivre ensemble, apprendre à mieux se connaître, ne pas être assigné à un lieu de résidence ou une classe sociale. Relier mieux nos territoires grâce à des mobilités plus simples, plus fiables et moins polluantes. Relier l’Occitanie aux grands réseaux ferroviaires européens. Relier les générations, les milieux sociaux, les zones rurales et les métropoles. Relier aussi par la culture et le sport. Relier enfin les citoyens à l’action publique, par l’écoute, le dialogue et la proximité, parce que la confiance se construit ensemble. Dans le monde tel qu’il est, les démagogues font croire qu’il faut construire des murs ce qui est illusoire. Non, il faut surtout être plus forts et je veux que l’Occitanie soit plus forte. C’est tout le sens de la politique que je mène.

Un mot sur les grands projets qui avancent ou qui vont se concrétiser prochainement ?

La liste est longue! Mais je veux d’abord en donner l’esprit : tout faire pour continuer à avoir notre destin entre les mains pour ne pas subir les événements ou les crises. C’est donc un projet d’ensemble avec des implications locales, travaillées en amont avec nos nombreux partenaires, publics ou privés. Dès le printemps 2026, les premières éoliennes en mer seront mises en service au large de Leucate/Barcarès et Gruissan; elles produiront de l’électricité pour 120000 personnes. Dans le même mouvement, la filière hydrogène franchira un nouveau cap avec l’ouverture du technocampus de Toulouse-Francazal, appelé à devenir un pôle européen majeur de recherche et d’innovation sur l’hydrogène vert (utilisée dans l’industrie, les transports, le bâtiment…). Deux étapes décisives pour produire une énergie propre en Occitanie, devenir la première région à énergie positive, créer de l’emploi et contribuer à la souveraineté énergétique du pays. Les grands projets de mobilité avancent aussi : les Lignes à Grande Vitesse Toulouse-Bordeaux, déjà en chantier au nord de la Haute-Garonne, et Montpellier-Perpignan, mais aussi les futurs RER de Toulouse et Montpellier, qui offriront plus de trains du quotidien sur l’ensemble de leur bassin de vie. Nous relançons également des lignes ferroviaires qui avaient été abandonnées, comme Pont-Saint-Esprit/ Bagnols/Avignon ou Montréjeau-Luchon. Nous ouvrirons un nouveau lycée à Cournonterral dans l’Hérault, un établissement tourné vers les métiers d’avenir. Nous poursuivrons la rentrée la moins chère de France, avec notamment LORDI, les équipements et les transports scolaires gratuits. Et en matière de santé, nous répondons à une urgence exprimée par nos concitoyens : la lutte contre les déserts médicaux. La Région outrepasse ses missions pour recruter des médecins salariés : ils seront près de 200 en 2028 et, grâce à cette politique régionale exceptionnelle, près de 35000 patients ont déjà retrouvé un médecin traitant. À ma demande, le président de la République a enfin reconnu l’Occitanie comme territoire expérimental sur l’eau. Cette avancée majeure va nous permettre de mieux sécuriser la ressource, d’accélérer les investissements indispensables face au changement climatique et de simplifier les normes pour rassurer les populations et soutenir nos agriculteurs et nos viticulteurs.

Mon cap, c’est une Occitanie qui anticipe, qui protège et qui relie.

Les Français demandent que les décisions soient prises au plus près des territoires : vous plaidez, vous aussi, pour un nouvel acte de décentralisation.
Pourquoi est-ce désormais essentiel pour sortir le pays de l’impasse et rendre l’action publique plus efficace ?

Beaucoup de Français ont le sentiment d’un pays qui n’arrive plus à avancer, où tout est compliqué. La décentralisation n’est pas une question de pouvoir, c’est une question d’efficacité. On ne vit pas de la même manière dans une métropole, une ville moyenne, une zone rurale : ce n’est pas depuis un bureau ministériel à Paris qu’on peut tout décider. Attribuer plus de responsabilités aux Régions et aux autres collectivités locales, c’est mieux utiliser chaque euro d’argent public, simplifier les méandres administratifs et permettre à l’État de se concentrer sur ses missions régaliennes, c’est-à-dire la sécurité, la défense, la santé et la diplomatie. C’est ma vision de ce que devrait être demain l’organisation moderne de la France.

Vous pensez que c’est un moyen de répondre au malaise démocratique et au sentiment de déconnexion entre les citoyens et ceux qui décident ?

Oui clairement. Quand le pouvoir central écarte les corps intermédiaires, les acteurs économiques, les syndicats, les associations, les élus locaux, et trop souvent les citoyens, il finit par donner le sentiment d’un système politique éloigné, vertical, parfois méprisant. Les Français en tirent une conclusion simple : l’action publique ne répond pas à leurs besoins. C’est justement pour ces raisons que je plaide à la tête de l’association des Régions de France avec mes 17 autres collègues présidents de Région, de gauche comme de droite, pour un nouvel acte fort de décentralisation. Pour redonner confiance à nos concitoyens en actes, dans la démocratie et dans la République.

Mais les Régions ont-elles vraiment aujourd’hui les moyens de leurs ambitions ?

Force est de constater que le risque aujourd’hui, c’est que les Régions n’aient plus les moyens d’agir à la hauteur des attentes de la population. Depuis plusieurs années, l’État recentralise, tout en transférant toujours plus de charges aux collectivités. Résultat : on nous demande d’en faire davantage, tout en diminuant nos budgets – constitués à 95 % de dotations de l’État. Ce n’est pas seulement un problème comptable : c’est une entrave à notre capacité d’action et à nos possibilités d’intervenir là où les besoins sont les plus urgents. Prenons un exemple concret : le train. J’y crois profondément. Le rail, c’est à la fois une solution pour décarboner les transports, désengorger les villes, améliorer le pouvoir d’achat et relier les territoires. En Occitanie, nous avons accompli nos preuves : nouvelles rames, augmentation des fréquences, réouvertures de lignes, tarifs les moins chers de France… Résultat : près de 70 % de voyageurs en plus en dix ans, et une fréquentation record chaque premier weekend du mois avec les billets à 1 euro. Mais cette dynamique est aujourd’hui menacée. Si l’État continue à réduire drastiquement ses dotations, nous ne pourrons plus développer notre réseau ferroviaire. Pourtant, c’est un enjeu déterminant pour l’Occitanie comme pour notre pays.

Rassembler plutôt que diviser, et agir avec courage plutôt que commenter.

On serait vite gagné par le défaitisme face à tous ces défis… Comment gardez-vous cette énergie et cette confiance en l’avenir ?

Nous sommes dans un moment où il faut rester debout, solide, se battre. Le déclinisme fait beaucoup de bruit, mais il ne règle rien. Je crois profondément à la France, à la force de son histoire et de ses valeurs, à sa capacité à rebondir, et je partage cette ambition avec beaucoup de gens que je rencontre et qui m’encouragent à continuer… Le volontarisme, c’est le moteur premier du politique : si l’on renonce à agir, il ne faut pas s’engager en politique. Je n’en peux plus des commentateurs permanents, de ceux qui surfent sur la misère et les peurs des gens. Pendant qu’ils parlent, je prends des décisions : lutter contre les déserts médicaux, aider les jeunes à trouver un stage ou une formation, produire au niveau industriel, agricole, énergétique, décarboner nos activités… Et puis il faut garder un cap, une vision claire du projet de société que l’on défend. Jaurès le disait mieux que personne : il faut « comprendre le réel et aller à l’idéal ». C’est exactement ma conception de l’engagement public. Donc oui, j’essaie d’être fidèle à cette vision, de rassembler plutôt que diviser, et d’agir avec courage plutôt que de commenter ou bavasser.

Vous pensez vraiment qu’il reste de la place dans le débat public pour parler d’idéal ?

L’idéal, c’est penser que demain peut-être mieux qu’aujourd’hui. C’est regarder nos enfants en leur souhaitant une vie meilleure et tout faire pour. Donc pour moi, l’idéal ne se négocie pas car c’est l’espoir, et l’espoir structure une société, un projet, une République. Beaucoup de Français se disent orphelins d’absences de cap, de perspective. Ici, nous en avons un. Et cette vision éclaire notre action, donne un sens à ce que font et produisent des millions d’Occitans et de Catalans. Aller à l’idéal, ce n’est pas se raconter des histoires : c’est travailler à bâtir une société plus apaisée, plus juste, plus rassemblée. Une société où l’on ne désigne pas l’Autre comme responsable de nos difficultés, mais où le dialogue et le respect permettent de trouver des solutions et d’avancer ensemble. Pour une République en commun. Cela suppose de ne rien céder sur ce qui nous unit : la liberté, l’égalité, la fraternité, et bien sûr la laïcité, dont nous avons célébré en décembre dernier les 120 ans. Oui, l’idéal, l’espoir, la force sont notre avenir, notre horizon commun.

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